Le paiement par code-barres 2D avec son smartphone

 

Les petites filles jouent à la marchande, les adultes continuent en scannant des codes-barres avec leur smartphone. C’est le privilège de l’âge ! Pratiques, sympas, parfois un peu geeks aussi, les codes-barres à deux dimensions, appelés commercialement QR code ou datamatrix, permettent, une fois photographiés avec son smartphone, d’accéder à un contenu multimédia : carte de visite virtuelle, coordonnées géographiques, adresse internet… On les a vu fleurir un peu partout : sur les abris bus pour accéder aux horaires de passages, sur les produits alimentaires pour trouver des recettes de cuisine, sur les cartes de visite pour ajouter un contact à son carnet d’adresse… et chez les commerçants pour payer.

Pourquoi régler avec son téléphone plutôt qu’avec une carte bancaire ? A force d’évoluer dans un monde de technophiles certaines entreprises IT en viennent parfois à oublier que l’objet technique ne suffit pas : encore faut-il convaincre le marchand et le consommateur final de son utilité. Mais commençons en vous présentant l’une de ces solutions.

Code-barres 2D sur des cupcakes (source : QR Code Cupcakes /clevercupcakes/Flickr/CC BY 2.0)

 

Le cas de Skimm

Skimm est une application de paiement téléchargeable sur son smartphone. Elle permet de réaliser des virements entre utilisateurs, des paiements en caisse chez des commerçants et de régler ses achats sur des sites e-commerce. L’utilisateur est débité soit sur son compte Skimm (à condition de l’avoir crédité), soit directement sur sa carte bancaire. Jusque-là on retrouve un fonctionnement similaire à celui de PayPal.

Comment ça marche en pratique ? Lorsqu’un client choisit de payer un marchand avec Skimm, les serveurs de la startup génèrent un code-barres 2D. S’il s’agit d’e-commerce, ce code-barres apparait sur l’écran d’ordinateur du client. S’il s’agit de commerce physique, le code-barres va apparaitre sur l’ordinateur, la tablette voir le téléphone du commerçant. Il suffit alors au client de photographier ce code-barres avec son smartphone puis de taper son mot de passe pour valider la transaction.

Les données sont bien évidemment chiffrées. Hébergées dans le Cloud, elles restent accessibles depuis n’importe quelle machine : vous pouvez ainsi payer depuis le téléphone d’un ami.

Pour le commerçant Skimm présente l’avantage de ne toucher qu’une commission variable, la solution peut donc être utilisée pour du micro-paiement, sans montant minimal. Ces commissions seraient plus faibles que celles habituellement appliquées pour les cartes bancaires.

Vous êtes e-commerçant ? Comptez 1,5 jour homme en moyenne pour intégrer Skimm sur votre site à partir de sa documentation. L’équipe étudie actuellement une implémentation directe de la solution dans l’offre des prestataires de services de paiement.

Lancée il y a bientôt 2 mois, Skimm (encore une startup du Camping) peut compter sur la concurrence d’acteurs tels que Flashiz ou encore Atos. Ce dernier avait présenté un prototype de portefeuille électronique assez similaire lors du dernier Salon e-commerce.

Vous voulez tester Skimm ? Allez donc faire un tour au Subway de Jussieu si vous êtes parisien. Les internautes pourront se connecter à BuyPacker.

 

Et LevelUp ?

LevelUp fonctionne à l’envers de Skimm : c’est le commerçant qui ca scanner le code-barres 2D sur le smartphone de son client. Nous ne nous attarderons pas sur une startup qui ne concerne que le commerce traditionnel. Cependant LevelUp démontre qu’il est possible de déployer une solution de paiement par code-barres 2D à relativement grande échelle. Lancée en bêta en juillet 2011, LevelUp compterait 100 000 utilisateurs et 1400 marchands partenaires dans des magasins de proximité américains. Elle tente aujourd’hui d’être directement intégrée aux plateformes de paiement existantes.

 

Pourquoi avoir recours à ces méthodes de paiement ?

  • L’argument de la sécurité

Comme le montre la dernière étude de l’UFC-Que choisir sur la fraude à la carte bancaire, celle-ci est jusqu’à 113 fois plus élevée sur internet que dans les magasins de proximité. Si internet représente 5% des transactions, le réseau totalise 33% de la fraude à la carte bleue. C’est l’usurpation des numéros de carte qui constitue près des deux tiers de la fraude. Les pirates les récupèrent en ayant recours à des spywares, au phishing ou en s’attaquant aux serveurs des e-commerçants stockant des coordonnées bancaires. On se souvient que Sony s’était ainsi vu soutirer les données de 10 millions de joueurs il y a un an.

Pour lutter contre ce phénomène les e-marchands ont adopté « 3-D Secure ». Il s’agit de vérifier à chaque transaction que la carte est bien utilisée par son titulaire. Cependant, comme le déplore l’UFC, « plutôt que d’avancer vers un système unifié, chaque banque a joué sa partition et développé son propre système. Cette cacophonie a multiplié les abandons d’achats. Soucieux de conserver leur chiffre d’affaires, les commerçants n’ont pas adopté le système (13% d’adoption seulement). »

Dans ce contexte on peut être tenté de trouver des alternatives à la carte bancaire sur internet. Une solution telle que Skimm permet de payer sans transmettre ses coordonnées bancaires au commerçant, exactement comme PayPal. E-marchands et internautes s’en trouvent gagnants.

  • Télé connectée, bornes et tablettes

Sans clavier, le paiement sur les futures télés connectées risque d’être une vraie gageure. Vous imaginez vous rentrer vos coordonnées bancaires à l’aide d’une télécommande ? Le développement de ce type d’écran me semble être un argument majeur en faveur d’une solution comme Skimm.

L’argument reste valable pour les tablettes tactiles, les bornes en magasin et de façon générale pour tous les appareils dont les périphériques de saisie ne sont pas toujours des plus pratiques. Seul le m-commerce sur smartphone ne pourra pas profiter d’une solution comme Skimm puisqu’il s’agirait alors pour le téléphone de se photographier lui-même !

  • La démocratisation des terminaux de paiement

Le paiement par carte en magasin nécessitait jusqu’à présent un lecteur spécifique. Aux Etats-Unis les lecteurs de pistes magnétiques se sont démocratisés avec Square, permettant à tout un chacun d’accepter les paiements par carte sur un simple smartphone ou une tablette.

Square transforme un iPad en véritable cash machine.

Skimm va un cran plus loin puisque elle ne nécessite, côté marchand, qu’un écran capable d’afficher le code-barres. Le terminal de paiement devient accessible à tous.

  • Et le NFC ?

Imaginez qu’il vous suffisse d’effleurer d’un geste une caisse enregistreuse ou un PC portable pour payer avec votre smartphone ? Si la technologie sans contact (NFC) est prête et déjà largement utilisée pour les titres de transport, elle est encore loin d’être démocratisée sur nos terminaux mobiles. En attendant que les téléphones compatibles se généralisent, les codes 2D restent la solution de paiement la plus universelle pour ce type d’appareil.

Et vous, qu’en pensez-vous ?

Illustration de couverture : QR Code Cupcakes /clevercupcakes/Flickr/CC BY 2.0